J’ai compté les insectes de mon piège à frelons en juin : sur 10 piégés, un seul était visé

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En juin, j’ai compté ce qui se retrouvait dans un piège à frelons au fond du jardin. Sur 10 insectes, un seul était vraiment la cible. Les 9 autres étaient des abeilles sauvages, un bourdon, des mouches et une guêpe. Le résultat surprend, mais il dit surtout une chose simple : ce geste paraît utile, pourtant il peut faire plus de mal que de bien.

Un piège qui semble logique, mais qui attrape presque tout

Quand on voit un frelon asiatique tourner autour des fleurs, on a envie d’agir vite. C’est humain. On prépare alors une bouteille, un appât sucré, un peu de bière ou de sirop, puis on l’accroche dans le jardin en espérant protéger les abeilles.

Le problème, c’est que ce type de piège ne sait pas faire la différence. Il attire les insectes par l’odeur, pas par la cible. Résultat : les insectes utiles tombent dedans presque autant que les frelons.

Selon les observations citées par le Muséum national d’Histoire naturelle, sur 100 insectes piégés au printemps, moins d’un est un frelon asiatique. Le reste, ce sont souvent des pollinisateurs et d’autres espèces déjà fragiles. C’est un peu comme installer un filet pour prendre un seul poisson et remonter presque uniquement les petits du lac.

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Pourquoi juin change tout

En mars ou en avril, le piège peut encore sembler avoir une logique. À ce moment-là, les reines fondatrices sortent de l’hibernation et cherchent un endroit pour créer un nid. Si l’on en capture une, on peut éviter la naissance d’une colonie entière.

Mais en juin, la situation n’est plus la même. La reine est déjà installée dans le nid. Elle ne sort presque plus. Elle pond, tandis que les ouvrières prennent le relais dehors. Le piège installé trop tard devient alors presque aveugle.

Le plus gênant, c’est qu’à cette période il capture encore des espèces qui ne posent aucun problème. On piège alors des frelons européens, des guêpes et d’autres insectes utiles. On pense protéger le jardin, mais on abîme l’équilibre autour de soi.

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Le vrai coût caché des pièges artisanaux

Un insecte qui se débat dans une bouteille sucrée ne ressort pas indemne. Même s’il parvient à sortir, il peut être affaibli par la chaleur, l’humidité ou l’épuisement. Pour une abeille solitaire, cela peut suffire à gâcher toute une journée de butinage.

Et puis il y a l’effet de masse. Quand des milliers de jardiniers installent ces pièges en même temps, ce ne sont plus quelques cas isolés. C’est une pression énorme sur des espèces déjà menacées.

Le plus surprenant, c’est que ces pièges ne règlent même pas vraiment le problème de fond. Plusieurs études ont montré qu’ils ne font pas baisser nettement les populations de frelons asiatiques. Parfois, ils peuvent même favoriser l’espèce en supprimant une partie de la compétition naturelle entre reines.

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Ce qui fonctionne mieux pour protéger son jardin

Si un nid de frelons asiatiques est repéré, la meilleure solution reste le signalement et la destruction du nid par un professionnel. C’est moins spectaculaire qu’un piège suspendu à une branche, mais c’est bien plus utile. Là se joue l’essentiel.

Dans certains cas, des dispositifs plus sélectifs peuvent être utilisés. On parle parfois de pièges japonais, coréens à ailes ou de grandes boîtes grillagées à cônes. Leur principe est différent : le frelon entre, mais les petits insectes peuvent ressortir plus facilement.

Il faut aussi garder une idée simple en tête. Piéger au hasard ne protège pas forcément les abeilles. Parfois, cela crée l’illusion d’agir alors qu’on fragilise surtout les insectes qui nourrissent la biodiversité.

Comment agir sans nuire aux pollinisateurs

Avant d’installer un piège, posez-vous une question très concrète : y a-t-il vraiment un nid à proximité ? Sans nid identifié, l’utilité du piège est faible. Avec un nid signalé, la priorité change totalement.

Voici quelques réflexes plus sûrs :

  • observer les allées et venues de frelons plutôt que multiplier les pièges
  • signaler un nid à la mairie ou à un service compétent
  • faire intervenir un professionnel si le risque est réel
  • éviter les appâts sucrés ouverts qui attirent trop d’espèces différentes
  • retirer les pièges artisanaux dès la fin du printemps

Ce dernier point est important. En juin, laisser un piège en place n’a souvent plus de sens. On ne capture presque plus la bonne cible. On récolte surtout des dégâts collatéraux.

Le bon réflexe est souvent moins visible, mais bien plus efficace

On aime les gestes simples. Une bouteille, un appât, une branche. C’est rapide, concret, presque rassurant. Mais la nature ne fonctionne pas avec des solutions aussi grossières.

Le frelon asiatique reste un vrai problème. Personne ne dit le contraire. Mais la réponse doit être précise, pas automatique. Sinon, on se bat contre l’ennemi en blessant les alliés.

Si vous avez encore un piège dans le jardin, le moment est peut-être venu de le regarder autrement. En juin, le vrai tri devient difficile à ignorer. Et le chiffre compte plus que l’impression : sur 10 insectes capturés, 9 peuvent être les mauvais.

Philippe Garnier
Philippe Garnier

Je suis cuisinier formé à l’Institut Paul Bocuse et ancien chef de partie au Bistrot Paul Bert à Paris. J’écris sur gastronomie française et voyages gourmands depuis plus de dix ans. J’aime tester chaque adresse et recette avant d’en parler.

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